Syndicat des Créatures Surnaturelles - Raven BLACKY

Raven BLACKY
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Syndicat des Créatures Surnaturelles - Raven BLACKY

Message par Raven BLACKY » sam. 6 juin 2020 12:26

Sujet 3 - Après des années de revendications, la chasse à la licorne est enfin interdite.

Syndicat des Créatures Surnaturelles


— Mesdames et Messieurs, voici la conclusion du conciliabule mondial sur les créatures mythologiques et fantastiques. Compte tenu des récentes études en la matière, nous reconnaissons à leur tour les licornes comme des êtres sensibles. En vertu de la Déclaration Universelle des Droits des Créatures Surnaturelles, nous annonçons dès à présent que la chasse à la licorne est abolie. Quiconque se trouvera en possession d’épieux ou autres armes de chasse se verra punit d’une…
— Et comme vous venez de l’entendre, la chasse à la licorne est abolie, reprit la présentatrice tandis que son visage apparaissait à l’écran. C’est une excellente nouvelle pour le Syndicat des Créatures Surnaturelles, qui a milité tout le mois en faveur de cette nouvelle loi.
— On dit qu’ils auraient déjà mis sur pied une unité de traque mobile, pour empêcher un massacre avant l’application de la loi sur le terrain, ajouta l’invité spécial, un analyste de la faune sauvage.
— Il faut dire que le cas de la licorne retrouvée sauvagement massacrée, il y a deux mois, dans les Yvelines, avait fait couler beaucoup d’encre. Le Syndicat avait déjà l’aval du conciliabule mondial pour stopper la chasse au loup-garou, au pégase, au werbran et aux animaux non mythologiques ou fantastiques, reprit l’analyste. Il est logique qu’ils traquent aussi les chasseurs de licorne.
— Voulez-vous dire qu’ils devraient traquer tous les chasseurs ? Après tout, les chasseurs de vampires et de sirènes sont toujours considérés d’utilité pub…
Ava coupa la télévision d’un geste vif. Elle ne tenait pas entendre un nouveau débat stérile sur la chasse au vampire. Chaque créature à la fois, songea-t-elle. Elle se leva de son lit, et gagna son armoire. Dans la penderie, son uniforme du Syndicat des Créatures Surnaturelles attendait. Elle passa le pantalon noir tissé en crin de chimère, et enfila les bottes en mue de gorgone. Avant d’enfiler un haut assorti, elle le posa sur son petit bureau.
Sur l’habit, au niveau du cœur, brillaient quelques insignes dorés. Un insigne pour chaque créature qu’ils devaient protéger. Elle ouvrit le tiroir, et tira une nouvelle broche d’un écrin en bois laqué. Dedans, une licorne au pelage argenté, de profil, attendait sa protection, corne en avant. Elle épingla la nouvelle espèce à la suite du loup-garou, sous le basilic. Puis elle noua ses cheveux couleur de jais, et quitta sa chambre.
Elle n’était pas la seule à avoir enfilé ses vêtements de terrain. Dans le couloir étroit qui courait entre les chambres de résidents, d’autres membres du Syndicat se déplaçaient. Plus exactement, tous convergeaient vers la salle commune. Tous attendaient un ordre de mission. L’analyste du plateau de télévision avait raison. Les unités de protection se rassemblaient. Tous les chasseurs de licornes allaient se précipiter dans les bois, espérant tuer un maximum de licorne avant la mise en application de la loi. Les forces de l’ordre seraient en mesure d’arrêter eux-mêmes les chasseurs d’ici une semaine. Il fallait donc absolument protéger ces créatures pendant ce laps de temps.

Moins d’une demi-heure plus tard, Ava avait un ordre de mission. Le Président du Syndicat avait été expéditif. Il n’était pas question de faire de beaux discours. Il envoyait toutes ses troupes sur le terrain. La jeune femme aux cheveux de jais avait été affectée à la sauvegarde de la forêt de Brocéliande. On estimait à vingt le nombre de couples de licornes qui survivaient là-bas. Dans la région, il y avait au moins le double de chasseurs de licornes.
Ava rejoignit son chef d’unité.
— Capitaine Wolfgang, salua-t-elle en arrivant à la hauteur d’un homme fin et grand, avec un long nez.
— Ava Rook ! sourit-il. Tu es affectée à la forêt de Brocéliande ?
— Exact.
— Excellente nouvelle. On avait bien besoin de tes talents. C’est une dense forêt de chênes, il nous faudra tes yeux. Mon flair ne suffira sans doute pas.
— Qui sera avec nous ?
— Vu la superficie, nous serons répartis en quatre groupes, selon les points cardinaux. Regarde, dit-il en lui tendant sa tablette. Nous sommes libres de prendre le point cardinal que l’on veut. Lequel me conseilles-tu ?
Ava regarda la carte, agrandissant ou non certains endroits, à la recherche d’indices. Elle finit par se faire une idée du terrain vers lequel ils allaient.
— Au sud-ouest, nous trouverons des chasseurs, c’est certain. Cette zone est la plus proche de l’aire de repos des chasseurs de vampires. Il y a fort à parier que les chasseurs de licornes l’utilisent pour gagner du temps. De plus, au sud-ouest, deux autoroutes leur permettraient un départ précipité.
— Toujours aussi maligne, à ce que je vois, plaisanta Wolfgang en récupérant sa tablette. Je nous envoie là-bas, je vais prévenir les trois autres groupes. Pendant ce temps, va rejoindre le reste de l’équipe, qui est dans le minibus numéro treize, sur le parking. J’arrive.
Ava hocha la tête. Wolfgang et elle avaient eu l’occasion de travailler ensemble à plusieurs reprises. Il n’était pas systématiquement ensemble, parce que leurs caractéristiques physiques n’étaient pas toujours nécessaires. Mais cela faisait maintenant presque deux ans qu’elle le connaissait. En fait, depuis qu’il l’avait sauvé, lors de l’arrêt de la chasse au werbran. Elle secoua la tête pour chasser ses mauvais souvenirs. Aujourd’hui, elle devait protéger une autre créature surnaturelle. Les licornes allaient enfin pouvoir vivre en sécurité.
Ava quitta la salle commune bondée, naviguant entre les groupes et les canapés avec aisance. Sa petite taille lui permettait de se faufiler aisément entre les membres du Syndicat, dans certains étaient de véritables mastodontes. Elle poussa la porte à double battant qui menait dehors, et fut surprise lorsqu’un courant d’air glacial vint s’écraser sur son visage. Elle inspira cet air pur. L’hiver serait bientôt là. En s’avança sur l’asphalte, elle jeta un coup d’œil à la cinquantaine de minibus sur le départ. Derrière elle s’étendait l’immense bâtiment du Syndicat des Créatures Surnaturelles du pays. L’organisation n’avait pas lésiné sur les moyens pour protéger les licornes. Après des années de lutte acharnée, ils avaient fini, à la faveur de l’affaire de licorne des Yvelines, réussis à faire passer la loi.
Ava se dirigea vers les véhicules, et nota que chacun d’eux avait une feuille marquée d’un numéro scotchée sur la vitre arrière. Utilisant sa logique, elle se dirigea vers les petits numéros. Elle trouva le numéro treize, un véhicule blanc déjà rempli. Elle entra, et s’assit sur la dernière place libre, hormis celle du conducteur Wolfgang. Autour d’elle, les esprits étaient silencieux. Chacun était prêt à se battre pour les licornes. Elle nota deux Minotaures, un cécrops dont la queue de serpent s’enroulait autour de la ceinture de sécurité, et deux loups-garous. En plus de Wolfgang, il y aurait donc trois loups. Ils la saluèrent chaleureusement, et l’un d’eux nota pour les autres la plume tatouée sur son avant-bras la définissant en tant que werbran.

— Bien, dit Wolfgang en passant en revue son équipe. Nous avons tout le quart sud-ouest de la forêt de Brocéliande à couvrir. Nos sources auprès des chasseurs de licornes font déjà état de chasseurs présents dans la forêt. Nous ne sommes donc déjà plus en mission de protection, mais en mission de traque. Plutôt que de recenser les couples de licornes dans notre secteur, et de les protéger individuellement, comme initialement prévus, nous allons traquer les chasseurs. Nous sommes quatre traqueurs, dont trois aux sols. Moi-même, Wulfric et Wilburg allons nous transformer et pister leur odeur, en nous séparant. Matthieu, dit-il en indiquant un Minotaure blond, tu iras avec Wulfric. Martin, tu iras avec Wilbrug. Je prends Cédric avec moi, précisa-t-il, et l’homme à moitié serpent hocha la tête en accord. Ava, tu nous couvres par les airs. Tout le monde a compris ?
Ils hochèrent tous la tête en murmurant leur accord.
— Parfait. Et n’oubliez pas. Nous sommes le Syndicat des Créatures Surnaturelles. Notre mot d’ordre est : une créature à la fois, une créature après l’autre. Prenez soin de vous et protégeons les licornes. En avant !
Ava regarda les trois loups muter. Les corps déliés des trois hommes subissaient des modifications similaires. Les longs bras de Wolfgang s’allongèrent encore un peu. Ses poils noirs, visibles sur ses avant-bras épaissirent, et d’autres apparurent. Ses mains raccourcirent, et des coussinets se formèrent. Pendant ce temps, sa colonne vertébrale raccourcie, et son visage s’allongèrent. Le chef d’équipe ouvrit la bouche, et Ava eut une vue imprenable sur ses dents, qui bougèrent de place et de forme, jusqu’à former des crocs et des canines immaculées et pointues. Une queue s’échappa de ses vêtements, et se recouvrit de poils. En dernier, sa truffe vira au noir, et devint rebondie. Il émit un grognement, testant ses nouvelles cordes vocales. Ses deux compères achevaient aussi leur transformation.
C’était le moment, songea Ava. Elle ferma les yeux et descendit au plus profond de son être. Un croassement lui échappa. Elle se transforma à son tour. Sa petite taille rétrécie, encore et encore. Ses membres raccourcirent, et devinrent de plus en plus noirs. Son petit nez pointu se rallongea légèrement, et garda son couleur immaculé. L’ensemble de ses poils fut transformé en plumes. Ses pieds quittèrent ses bottes en devenant de petites serres. Elle s’échappa de ses vêtements trop grands en faisant une roulade peu gracieuse, à moitié changée. Enfin, une queue apparut dans son dos. Elle la déploya, et secoua ses plumes. Voilà, elle était changée en corbeau.
Elle croassa, et s’envola aussitôt en direction d’un arbre. Sa vision n’avait pas beaucoup bougé, mais son odorat et son ouïe avait drastiquement était modifié. Son environnement lui sembla complètement différent, brusquement. Un hurlement de loup donna le signal. Elle s’envola.
Ava pouvait sentir l’humus autour d’elle, l’odeur de la mousse sur les arbres. Elle pouvait sentir l’épaisseur de l’air se glisser sous ses plumes pour lui permettre de se déplacer à toute allure. Elle jouait en tournoyant autour des rayons du soleil qui perçait les feuilles des arbres. Sa nature de werbran lui permettait de vivre simultanément en temps que corbeau et d’humaine. Elle pouvait jongler entre les deux à volonté. Son comportement calme et posé, son caractère décidé, toute sa nature résultait de l’association de ses deux natures.
En tant que créature surnaturelle, elle avait aussi été chassée, au même titre que les licornes. Sa nature mi-humaine avait permis d’abolir la chasse de son espèce plus rapidement que celle des licornes, assimilées aux chevaux et aux pégases. Néanmoins, Ava avait vécu une partie de sa vie dans le marché noir des créatures fantastiques. Alors elle savait. Elle savait ce qu’enduraient les licornes depuis maintenant plusieurs générations, et elle savait aussi ce que représentait cette nouvelle loi pour elle. Un tel salut n’arrivait pas souvent. Elle devait absolument localiser les chasseurs de Brocéliande et les arrêter. Elle pourrait alors les livrer à la justice, et surtout protéger les dernières licornes de France. Elle observa les oiseaux autour d’elle, et les animaux sauvages non fantastiques.
Elle ne tarda pas à remarquer que certaines d’entre elles semblaient quitter une direction. Elle jaillit par-dessus la canopée, et domina brusquement la forêt. Le patchwork de vert sous ses pattes l’impressionna un instant, comme toujours. Comme un océan, les feuilles bruissaient sous le courant du vent. Elle remarqua alors un groupe de moineau qui venait de s’envoler d’un bosquet de chênes vert légèrement plus sombre que les autres arbres. Elle battit des ailes dans cette direction. Qui disait arbres plus sombres, disait point d’eau. Les arbres, mieux nourris par l’apport d’eau, donnaient plus de feuilles, qui opacifiaient la couleur verte de jade naturel. Dans une forêt, un point d’eau indiquait souvent la présence d’animaux, comme les licornes. Vu que les moineaux, d’ordinaire peu farouches, fuyaient, c’est qu’il devait y avoir un grand danger.
La jeune femme corbeau plongea dans les feuilles, et chercha des yeux un des groupes du syndicat. Elle localisa une sente qui portait une odeur légèrement artificielle. Elle n’avait pas assez d’odorat pour identifier clairement la nature de la senteur, mais un des loups l’aurait senti, lui. De fait, en décrivant un cercle autour du sentier, elle ne tarda pas à voir un éclat lumineux, produit par les écailles de Cédric, le cécrops. Elle bondit dans leur direction, et arriva droit sur Wolfgang. Au moment de lui passer devant, elle croassa deux fois. Il grogna pour lui faire comprendre qu’il l’avait reconnue. Elle s’envola et le guida droit vers le point d’eau aux arbres sombres. Dès qu’ils arrivèrent sur place, Wolfgang prit la tête. Il sauta dans la mare d’eau claire, méprisant les quelques nénuphars, et effrayant les poissons, qui se cachèrent dans les roseaux. Un autre bond lui permit de traverser. Il écrasa allègrement l’herbe moussue et dense. À côté, Cédric avait opté pour contourner le point d’eau, sa longue queue ondulant à toute vitesse pour tenir le rythme.
Wolfgang les distança sans mal.
Ava le rejoignit quelques instants plus tard, et fondit aussitôt qu’elle comprit la situation. Deux chasseurs tenaient le cou d’une licorne, qui se débattait. Wolfgang avait attaqué le premier, et tâchait de se battre avec lui sans le mordre. Ava se fondit donc sur l’objectif de la mission : la licorne. Elle atterrit sur le pelage argenté de son dos, et tenta de garder l’équilibre malgré les ruades de l’équidé. Sa longue crinière volait en tout sens, s’enroulant involontairement autour des cordes qui maintenaient son cou. Cela permit d’offrir une prise aux griffes de la jeune femme, qui agrippa une des cordes dans son bec, et s’envola avec.
Elle eut toutes les peines du monde à libérer la corde du cou de l’animal. Lorsqu’elle sentit enfin l’anneau glisser par-dessus les oreilles de la bête, elle le lâcha. Cédric était arrivé à son tour, et venait de s’enrouler tel un anaconda autour du second chasseur. Wolfgang avait attrapé l’autre chasseur par la botte, et le titrait autour de la clairière pour l’empêcher de faire un mouvement supplémentaire. Ils attendaient tous deux qu’elle libère la licorne, pour les aider à ligoter les deux hors-la-loi. Elle quitta sa transformation avec fluidité, pour accélérer le mouvement. Elle sentit ses mains se reformer, et ses plumes se résorber. Elle grandit, et des pieds prirent la place de ses serres. Dès qu’elle fut en mesure de bouger ses bras comme une humaine, elle attrapa la seconde corde, et la fit passer par-dessus la tête de la licorne. L’animal, terrorisé, s’enfuit, dans un éclat laissé par sa corne brillante. Ava, ignorant sa nudité, et entièrement sous forme humaine, lança une des cordes à Cédric, qui entreprit de ligoter sa proie.
LA jeune femme rejoignit en courant le loup, et ensemble, ils n’eurent pas de grandes difficultés à attacher l’autre chasseur. Ils ignorèrent ses menaces de mort et ses propos racistes. Les chasseurs étaient rarement des gens tolérants, en particulier lorsqu’ils s’y prenaient à des êtres conscients et sensibles. Le regard de loup de Wolfgang se porta un instant sur les cicatrices qui couvraient le dos nu d’Ava, mais il se garda de faire un commentaire. C’était ainsi, au Syndicat des Créatures Surnaturelles. Une créature à la fois, une créature après l’autre.

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