Un après-midi à la campagne

SmilingOwl
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Un après-midi à la campagne

Message par SmilingOwl » sam. 6 juin 2020 12:29

Un après-midi à la campagne

En costume noir, assis sur un banc dans son jardin, Grimenot attendait que le reste de sa famille se décide à montrer le bout de leur nez. L’impatience le gagnait tant que le soleil éclatant semblait accélérer sa course vers le zénith. Une journée idéale pour un pique-nique, songeait-il, avec une amertume grandissante.
Zorro, le chat de la famille, tout beige à l’exception d’une bande de poils noirs autour des yeux, vint se frotter à lui, tentative désespérée pour atténuer son exaspération. En vain. Seule une vague caresse, négligemment appuyée, le récompensa de ses efforts.
Un raffut hétéroclite, en provenance de la maison, témoignait des intenses préparatifs liés à cette sortie pourtant prévue de longue date. Casseroles qui s’entrechoquent. Cris. Bruits d’eau issus de la salle de bains, le bouquet !
― Gonzague, s’entendit-il appeler par une voix féminine, celle de sa femme.
― Mmmh ?
― Avez-vous lu le journal ?
― Euh… Non.
― Vous devriez mon cher ! Il parle d’une nouvelle épidémie foudroyante transmise par des moustiques. Peut-être devrions-nous reconsidérer notre idée de pique-nique au bord de la Seine. Qu’en pensez-vous ?
― Vraiment Cécile ? Et où se trouve ce journal ?
― Je vous l’amène.
Apparut à l’encadrement de la porte une femme de taille moyenne, élégante, à la robe de la même couleur que celle de Zorro. Sa chevelure blonde était ramassée en un chignon qui présentait l’avantage de mettre en valeur un fort joli cou. Une telle vision, pourtant quotidienne, avait le mérite d’atténuer tout relent d’amertume, toute mauvaise humeur naissante. Il s’empara de la feuille de chou.
― C’est en dernière page, précisa Cécile. Nos filles seront bientôt prêtes. La cadette vient de sortir de la salle de bains.
― Allons bon, grommela Gonzague, les yeux déjà fixés sur l’article incriminé.
Sa femme réintégrait le domicile lorsqu’il l’interpella.
― Voyons Cécile, il s’agit d’une épidémie en Afrique !
― Avec tous ces voyages, nous ne sommes plus à l’abri nulle part, vous savez !
― Balivernes ! Veillez à ce que nos filles soient prêtes dans les plus brefs délais ! Ma patience a des limites. Nous devrions déjà être partis depuis plus d’une heure !
***
En début d’après-midi, la famille Grimenot arriva à bon port sur les rives de la Seine. Elle s’installa près du bord sur un espace gazonné et ensoleillé, autour d’un drap blanc central. Les victuailles furent déposées aux quatre coins de cette nappe improvisée, œufs durs, salades, fromages de lait et de tête. Le tout agrémenté d’un excellent vin pour les parents et d’une rafraîchissante citronnade pour les deux filles. Une journée de rêve… soudainement obombrée par une sorte de nuage.
― Oh, voilà que le temps se gâte, s’exclama Cécile, en ramenant son châle autour des épaules.
― Il est bizarre ce nuage, ajouta Gonzague. On dirait qu’il se trouve juste au niveau de la cime des arbres. Mais… mais… il se rapproche de nous !
En un rien de temps la famille se retrouva environnée d’une quantité invraisemblable de moustiques, des milliers de moustiques, des millions de moustiques, des milliards de moustiques, qui piquaient à tout-va ! Dans la panique les affaires furent rassemblées, entassées dans la voiture sous la menace de cette nouvelle race d’insectes volants. De véritables prédateurs deux fois plus gros que l’engeance habituelle. Retour au domicile pendant que des boursouflures apparaissaient sur tout le corps des malheureuses victimes. Médecin convoqué de toute urgence. Et la verdict : confinement pendant 60 jours !
La journée se terminait en cauchemar.

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