à Jules Sizey

L’ombre rouge apparue hier au-dessus du Brésil s’est étendue au nord de l’Amérique. Il parait qu’elle va traverser l’Atlantique ce soir. Et qu’elle sera au-dessus de la France demain matin. Rentre vite. Je voudrais passer une dernière nuit avec toi.

Idriss éteint d’un coup sec son téléphone portable. 21h15. Virginie n’était donc pas couchée. Elle n’aimait pas dormir seule. N’aimait pas lorsqu’il était en déplacement. Non qu’elle eût des doutes sur sa fidélité. Mais juste que l’appartement lui semblait trop vide, et le lit trop froid.

Idriss trouvait cela attendrissant. Il se sentait aimé. Indispensable. Et un peu coupable aussi. C’était là la rançon de sa réussite professionnelle. Et puis, lui aussi dormait seul, plus souvent qu’à son tour… lorsque Virginie était de garde de nuit, à l’hôpital…Alors il l’attendait en somnolant jusqu’au moment où il l’entendait ouvrir la porte d’entrée, au petit matin, tout doucement, pour ne pas le réveiller.

Mais lui mettait un point d’honneur à être debout lorsqu’elle revenait de son service, à ce qu’elle trouve la table mise avec un en cas, et un café bien chaud.

Ils s’aimaient fort. Leur amour était venu doucement, sans rien de fougueux ni de sulfureux. C’était, pour lui, sa première liaison depuis son arrivée en France. Pour elle, sa première relation sérieuse. Avant même qu’ils ne puissent s’en rendre compte, ils en étaient à parler mariage, maison, bébé…

Idriss tendit le bras, et saisit son portefeuille sur la table de nuit de la chambre d’hôtel. Il en sortit une photo. Prise moins d’un mois auparavant. À l’hôtel de ville de leur petite commune de banlieue. Une cérémonie pour son obtention – enfin ! – de la nationalité française. À côté de lui, Virginie. Un peu intimidée, mais toute fière de son homme.

Fière de cet homme d’origine modeste, venu de loin, de l’autre côté de la mer, et qui réussissait sa vie en France. À force de sérieux et de travail.

Fière de ce couple humble et heureux, dont le bonheur ne devait rien à personne…

Idriss sortit du lit. Il avait envie d’une douche. Qui l’aiderait à dormir. Une fois sous le jet chaud et revigorant, il ne put s’empêcher de penser au texto de Virginie :

L’ombre rouge apparue hier au-dessus du Brésil s’est étendue au nord de l’Amérique. Il parait qu’elle va traverser l’Atlantique ce soir. Et qu’elle sera au-dessus de la France demain matin. Rentre vite. Je voudrais passer une dernière nuit avec toi.

C’était une nouvelle belle preuve d’amour, de la part de cette femme aux sentiments simples et vrais. Qui disait toujours ce qu’elle pensait, et pensait toujours ce qu’elle disait. Il l’aimait. Ils s’aimaient.

Jusqu’au texto, il s’était dit qu’il dormirait d’un sommeil de plomb, dans cette chambre d’hôtel anonyme. Mais maintenant, il était trop tard. Il n’arriverait plus à dormir, malgré la fatigue : il avait envie d’être près d’elle.

Et puis, il y avait l’Ombre…

Il n’avait pas eu le temps de suivre les informations de ces dernières 24h. Mais il n’avait pas pu ne pas entendre parler de cette ombre d’un pourpre profond, mystérieuse et gigantesque, qui était apparue soudainement au-dessus de Rio de Janeiro, surgie de nulle part. En quelques heures, elle recouvrait le Brésil, puis toute l’Amérique du sud. Toutes les communications furent instantanément coupées entre cette partie du globe et le reste du monde. On ne savait ce qu’il se passait là-bas.

À la frontière de l’Ombre et du monde « normal », une zone cataclysmique de vents glacés et de pluies acides empêchait toute incursion. Les États-Unis venaient de décréter un état d’urgence qui semblait bien dérisoire, tandis que le Canada s’attendait au pire. Le Mexique et les Antilles étaient déjà recouverts par l’Ombre. Tout contact avec cette région du globe était coupé.

Du moins, c’était ce qui ressortait des informations parvenues un peu par hasard jusqu’à Idriss ces dernières 12 heures. D’ailleurs, ce dernier ne savait trop que penser. Il connaissait les médias, toujours prompts à relayer à la va-vite des informations tronquées.

Et puis il avait eu tellement de travail. Un différend avec un fournisseur, au bord du dépôt de bilan, le retenait à Angers depuis deux jours. Il avait fait ce qu’il avait pu pour limiter la casse, mais sa société n’éviterait pas une perte sèche.

Il sorti de la douche. Il décida même de se raser. Ce faisant, il comprit pourquoi il venait de se laver. Il voulait être propre et net pour penser à Virginie. Se laver de ses préoccupations de la journée, afin d’être entier à elle, par l’esprit.

Il avait d’abord pensé aller boire un verre en ville, pour échapper à la solitude de sa chambre d’hôtel. Mais le temps était maussade. Il pleuvait. Le vent se levait. Et puis, en quelque sorte, il aurait eu l’impression de tromper Virginie.

21h45. Il ouvrit son ordinateur, commença à écrire le rapport qu’il lui faudrait remettre le lendemain à son employeur. Mais le cœur n’y était pas. Il finirait plus tard

Il n’osait pas allumer la télévision. Et il ne savait quoi répondre à ce texto.

Il décida de s’abrutir en jouant sur son portable à un jeu débile et amusant, en se disant que le sommeil finirait bien par arriver. Mais il ne jouait pas depuis deux minutes que son téléphone se mit de nouveau à vibrer. Un texto de Virginie. Le même que précédemment :

L’ombre rouge apparue hier au-dessus du Brésil s’est étendue au nord de l’Amérique. Il parait qu’elle va traverser l’Atlantique ce soir. Et qu’elle sera au-dessus de la France demain matin. Rentre vite. Je voudrais passer une dernière nuit avec toi.

Machinalement, il s’habilla. Il l’imaginait seule, dans leur trois pièces, blottie sur le canapé du salon, une tasse de thé à la main. Elle devait sans doute regarder une série américaine reposante Ou une émission de chant, tout juste divertissante…

Le téléphone vibra à nouveau. Nouveau message.

Rentre vite s’il te plaît…

Et puis, dans la foulée, comme si ce message avait été envoyé trop tôt un autre suivit :

J’ai peur.

Non, elle ne devait pas être en train de regarder une émission de spectacle. Elle avait dû se planter devant la chaîne info, où il n’était sans doute question que de l’Ombre rouge. Il imaginait les images angoissantes, prises par des Américains amateurs, de ce phénomène inexpliqué. Il voyait d’ici les films de mauvaise qualité, saisis au téléphone portable, flous, tremblant, et parfaitement inquiétants.

Il entendait déjà les commentaires alarmistes des présentateurs, et l’intervention faussement rassurante des politiques. Il imaginait l’interruption des programmes, la peur sourde qui devait s’emparer des Européens…

Et il imaginait surtout Virginie, si simple, si naïve, si impressionnable, au milieu de tout ça…

Alors il comprit immédiatement pourquoi il s’était douché, pourquoi il avait renoncé à aller boire un verre en ville, pourquoi il s’était habillé au lieu de se mettre au lit…

Il voulait la rejoindre, malgré la fatigue, la pluie, malgré la distance…malgré l’Ombre. Ou en raison de l’Ombre, justement.

Il avait été raisonnable sur la boisson, au dîner. Il n’était d’ailleurs guère buveur. Il était donc en état de prendre la route. Un bref coup d’œil par la fenêtre lui indiqua que le temps empirait. Tant pis. Il mettrait trois heures au lieu de deux pour rejoindre Virginie. Il serait chez lui vers minuit et demie ou une heure du matin.

Elle ne dormirait pas. Elle sortait de deux semaines de garde de nuit. Elle serait fatiguée, mais décalée. Elle veillerait. Surtout s’il la prévenait de son arrivée. Oui, il fallait la prévenir. Qu’elle n’aille pas s’assoupir. Que son attente ait au moins un objet. Qu’elle arrête de regarder en boucle à la télévision des images de l’Ombre. Qu’elle arrête de ressasser ses craintes. Qu’elle arrête d’avoir peur.

C’était ce qui décidait Idriss : plus encore que l’envie de la retrouver, c’était de savoir qu’elle avait besoin d’être rassurée, de sentir sa présence auprès d’elle, qui l’engageait à braver la route, et la tempête qui se levait. La savoir seule à l’attendre lui était insupportable. Il faisait ça pour elle, pas pour lui.

Il rassembla ses affaires, veillant à ne rien oublier. Méticuleux et organisé, comme à son habitude. Il quitta la chambre. Rendit la clé au veilleur de nuit, un étudiant qui s’endormait sur ses cours. Idriss se souvint de sa jeunesse. De ses études. Alors il laissa un pourboire au jeune homme. Puis monta dans sa voiture, et rejoignit l’autoroute.

En temps normal il aimait rouler la nuit. Traverser la France – son pays depuis peu –, si belle et si variée. Mais pas ce soir. Il était pressé. Il repensait au message de Virginie.

L’Ombre avait déjà dû faire du chemin depuis qu’il l’avait reçu. Témoin l’espèce d’orage, qui grondait depuis le début de la soirée, sans vraiment éclater. Un orage bizarre, au ciel carmin, aux vents lents, mais surpuissants, aux nuages d’une clarté rougeâtre tout à fait étrange alors qu’il faisait nuit…n’était-ce qu’un caprice de la météo ? Peut-être, après tout…mais peut-être aussi était-ce les prémices en Europe de ce phénomène mystérieux qui menaçait d’engloutir la planète…

Idriss se refusait à céder à l’angoisse. Il n’avait qu’une chose en tête : rejoindre Virginie. Il se rendit compte alors qu’il avait oublié de la prévenir de son retour. Un panneau indiquait une aire d’autoroute dans 30 kilomètres. Un petit quart d’heure de conduite. Il enverrait un message de là-bas.

Il mit la radio pour passer le temps. Il chercha un programme musical. Mais tous les programmes habituels étaient interrompus. Il n’était question que de l’Ombre rouge. Dont la progression s’était encore accentuée ces dernières heures. L’ensemble de l’Amérique semblait avoir été recouvert. Silence radio le plus complet de la part de ce continent. Impossible d’en avoir la moindre information, de savoir ce qu’il s’y passait. Tous les moyens de communication étaient coupés.

L’Ombre semblait à présent passer au-dessus du Groenland. Le gouvernement Danois admettait avoir perdu le contact avec celles de ses bases militaires qui y étaient stationnées.

Aucun contact non plus avec les bateaux sillonnant l’Atlantique. Tous présumés perdus corps et biens…

Ce mystérieux phénomène s’étendait aussi vers l’Ouest. La Sibérie, le Japon, une partie de la Chine ainsi que de l’Océanie était à présent couverts.

On ignorait tout de l’Ombre. Expérience humaine ayant mal tourné ? Anomalie météorologique ? Intervention extra-terrestre ? ou divine ? Les experts qui se succédaient à l’antenne pour meubler entre deux dépêches étaient tous aussi peu crédibles les uns que les autres.

Idriss coupa la radio. Il fit un effort pour ne penser à rien. Le vent, lent et inexorable, labourait avec force les champs qui flanquaient l’autoroute, couchant le colza docile et brisant net par rafales les tournesols secs et cassants. Au loin, vers le nord-est, le temps paraissait plus dégagé. Mais pour combien de temps ? L’Ombre avançait sans doute bien plus vite qu’Idriss.

Aurait-il seulement le temps ?

Il gara la voiture sur le parking de la station-service. Bien qu’il fût tard, il pouvait apercevoir, du dehors, l’agitation fébrile qui régnait dans la boutique de l’aire de stationnement. Une trentaine de personnes y était rassemblée, et semblait discuter vivement.

Idriss renonça à aller chercher un café. Il ne voulait voir personne. Ne parler de « ça » avec personne. Il envoya un message à Virginie. Un message sobre. Pour la prévenir. Il rentrait dormir. Il roulait bien. Serait chez eux un peu après minuit.

Il avait d’abord craint qu’elle ne se soit endormie. Mais elle répondit immédiatement à son message :

Merci mon amour ! Fait vite ! Je t’aime.

Cette réponse lui fut une sorte de soulagement. Bon ! Il était encore vivant. Et Virginie aussi. Tous les deux sur le sol de cette bonne vieille terre. Ils se serreraient dans les bras l’un de l’autre dans quelques heures.

Cette perspective lui réchauffa le cœur.

Il fit les centaines de kilomètres restants d’une traite, sans penser à rien. Il commençait à avoir froid.

Virginie avait fait du thé. Idriss n’en raffolait pas, habituellement, mais ce soir, il en avait besoin.

À peine avait-il introduit la clé dans la serrure de leur porte d’entrée que la jeune femme se précipitait dans le couloir, en nuisette, pour lui sauter au cou.

Elle se blottit dans ses bras comme elle ne l’avait jamais fait, pressant sa joue enfiévrée contre son torse puissant. Elle l’embrassa, d’un baiser presque chaste, presque déférent, plein de reconnaissance, puis, lui caressant le visage comme pour s’assurer qu’il s’agissait bien de lui, elle lui dit un simple « Merci », qui en disait plus long que tout. Elle demanda s’il avait faim. Il allait répondre par la négative, quand il aperçut sur la table les viennoiseries qu’elle lui avait décongelées. Il les avala en un instant. Elle le regardait manger, comme s’il n’y eût rien d’autre à voir sur terre que lui. Puis il se leva. Lui fit face. Dans l’appartement sombre. Ils restèrent silencieux quelques secondes, à se regarder dans les yeux, comme s’ils se voyaient pour la première fois.

Ils échangèrent, dans ce regard, tout un monde. Ils se comprirent en un instant, comme jamais peut être avant ils ne s’étaient compris. On n’entendait plus rien que le vent, dehors, qui commençait à se lever.

Alors Virginie eut ce geste curieux de fermer tous les volets, ce qu’elle ne faisait jamais, de verrouiller à double tour la porte d’entrée, puis elle lui mit une tasse de thé dans les mains, et le mena au salon. La télévision était éteinte.

Ils se laissèrent tomber sur le canapé. Ils ne parlèrent pas. Ils n’en avaient pas besoin. Virginie posa sa tête sur l’épaule d’Idriss. Ce dernier buvait son thé, en se réchauffant à la chaleur de la jeune femme. Dehors, le vent soufflait toujours, lent et puissant. Tout comme celui qu’il avait vu coucher les champs de colza, quelques heures plus tôt. Et la même pluie venait, par ondée, battre le carreau…

Virginie, lors d’une bourrasque un peu plus violente, frissonna encore plus fort. Puis brisa le silence :

Si tu savais comme je t’attendais… Et comme je t’aime. Et comme j’ai eu peur…

Idriss ne savait que dire, mais elle n’attendait pas de réponse. Elle continuait :

c’est notre dernière nuit. Ils n’ont pas voulu le dire à la télé, mais c’est notre dernière nuit. Si j’ai eu peur, ce n’est pas parce que c’était ma dernière nuit… mais parce que j’ai cru que j’allais la passer sans toi… ne jamais te revoir…

Cette fois-ci, ce fut Idriss qui se blottit contre elle. C’était à son tour d’avoir la gorge sèche. Il ne trouva d’autre réponse que poser un baiser sur le front de Virginie. Elle en frissonna.

j’ai cru que j’allais partir sans toi, sans jamais savoir ce qu’il t’était arrivé… Merci d’être rentré.

Il tendit le bras pour poser sa tasse vide, et lança, maladroitement :

Je… Moi non plus, je ne voulais passer la nuit sans toi…

Il avait failli dire « la dernière nuit, sans toi », mais il n’arrivait pas à se dire que c’était la fin du monde. Il refusait de l’admettre. Ou plutôt, il refusait d’y penser.

Ils s’étreignirent. Puis :

Avant que tu ne rentres, ils ont dit aux informations que l’Ombre serait sur nous au petit matin. Cela ne nous laisse que quelques heures. Au mieux. Je veux en profiter pour te dire que je t’aime. Que tu as été l’homme de ma vie. Que même si tout cela doit finir tout à l’heure, je n’ai pas peur. Je ne suis pas triste…

Ses larmes se mirent à couler sur sa joue, non de tristesse, mais d’émotion. Idriss les arrêta du revers de la main. Virginie sourit. Puis elle reprit :

tu sais, je n’ai qu’un seul regret. Que nous n’ayons pas eu le temps de nous marier.

Idriss baissa les yeux. Il se sentit un peu coupable. Il savait bien que, depuis longtemps, elle souhaitait officialiser leur union. Mais par une vague crainte de mâle, il avait freiné les choses. Virginie en avait souffert. Un peu. Tout doucement, mais tout de même…

Maintenant, il regrettait ses réticences. Mais comme si elle lisait dans ses pensées, elle reprit :

Non, mon amour, je ne te reproche rien… je ne regrette rien…tout ce qui compte à présent, c’est que tu sois là, avec moi… rien d’autre n’a d’importance…

Ils replongèrent dans le silence, alors même que la tempête se faisait dehors de plus en plus violente et, maintenant, tout à fait surnaturelle.

Idriss saisit sa veste qui était pendue à la tête du lit. Il en sortit son portefeuille. Il en extrait la photo de sa naturalisation. Sur laquelle ils apparaissaient tous les deux. Où Virginie semblait si timide et si fière à la fois.

Il la tendit à sa femme :

Ça, pour moi, c’est comme notre mariage…

Elle eut un sourire. C’était vrai que cette photo évoquait un cliché nuptial.

Il reprit, difficilement, comme toujours lorsqu’il avait quelque chose d’important à dire :

Moi j’ai un autre regret. J’aurai voulu que tu me donnes…j’aurais voulu te donner un enfant…

Le visage de Virginie s’éclaira d’un sourire magnifique. Elle lança, avec une confiance inaccoutumée :

Justement… tout à l’heure à l’hôpital j’ai… j’ai demandé un test… j’avais un doute depuis quelques jours et…

La joie dont elle rayonnait dit le reste…

Idriss eût un regard incrédule et drôle vers le ventre de son amie, comme si la chose allait déjà se voir, puis, ayant avalé sa salive avec difficulté, il se sentit envahi du vertige merveilleux et effrayant de se savoir futur père.

Même si cet enfant ne verrait jamais le jour, c’était son enfant ! Il allait être père. Et ce cadeau, le plus beau que l’on puisse faire, c’était la femme de sa vie qui le lui faisait, alors même qu’il ne restait que quelques heures avant le chaos, et qu’ils étaient tous deux au bord de la mort…

Ce fut à son tour de verser une larme.

Ils s’assoupirent dans les bras l’un de l’autre. Dans une paix parfaite. Ils n’avaient pas peur. Ils dormirent ainsi jusqu’au petit matin.

Jusqu’à ce qu’une bourrasque plus importante que les autres vienne réveiller Idriss. Sa première pensée fut pour se dire que l’Ombre devait maintenant arriver sur l’Île de France. Il se leva, et se posta machinalement devant la fenêtre. Il ne put retenir une exclamation devant le spectacle.

Cela réveilla Virginie, qui vint le rejoindre. Elle aussi fut stupéfaite de ce qu’elle vit, au loin, au-dessus du ciel de banlieue. Elle frissonna. Puis, sans quitter des yeux ce qui la captivait, elle vint se lover dans les bras d’Idriss dont le visage rayonnait des sombres reflets rougeâtres…

Alors ils restèrent comme cela sans bouger, avec la violente et exquise certitude que la vie avait été belle sur terre, et que l’amour, au-delà de tout, triomphait de toutes les tempêtes, de toutes les peurs, et de toutes les Ombres…

Cette nouvelle sera accessible jusqu'au 29 May , 2020 à 12 h 00 min

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