Catherine Dufour

Je crois avoir rencontré en Catherine Dufour la plus grande lectrice imaginable, de ces lecteurs que rien ne rebute, qui font profession de se nourrir intellectuellement afin de créer à partir de l’enrichissement qu’on gagne à découvrir autrui. Et cela dans un échange incessant avec les autres, les autres étant les écrivains, mais aussi tous ses semblables humains. Elle est informaticienne en bibliothèque, chroniqueuse littéraire au Monde diplomatique pour ceux qui veulent savoir ce qu’elle a pu lire dernièrement, et enfin animatrice d’ateliers expérimentant le futur.
Si vous avez eu l’occasion de flâner sur un marché africain, soit au Burkina Faso, soit à Madagascar, vous avez eu la chance de rencontrer la création entre les mains de très jeunes artisans (bols et cuillères tirés de courges non comestibles, voitures, taxi brousses miniatures découpés dans de vieux bidons de fer blanc… le tout à la fois fonctionnel, fonctionnant et d’une poignante poésie, sans parler de leur beauté et de leurs couleurs).
Eh bien, c’est ce que l’on ressent en lisant Catherine Dufour, une très belle chance, car on la voit recycler inlassablement la littérature en la taillant dans toutes les dimensions de la réalité, méditer activement, créer en marchant… Et produire des joyaux dérangeants et fascinants.
Qui rencontre-t-on au détour du bois, vraiment le grand méchant loup facile à berner ? Qu’est-ce qu’être vivant ? L’ordre dominant et patriarcal sublimé dans la littérature et les contes pourrait-il être questionné ? Oui. On le voit dans le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses (chez Fayard en 2014) et au Livre de Poche (2015) ou comment participer pragmatiquement et poétiquement au long combat pour la libération des femmes asservies au rôle de princesses par la société toute entière.
Ses romans et nouvelles du genre imaginaire sont un long cheminement, écrits au fil de la réflexion de toute une vie d’autrice active et passionnante, et revisitent pour un grand ménage impitoyable et très poétique à la fois, les mythes de la fantasy, des contes populaires, de la science fiction dystopique et dernièrement, du fantastique… Impossible de la coincer dans un sous genre, elle les féconde tous.

Dounia Ch.

Quelques titres de fantasy et SF pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore :

  • L’Accroissement mathématique du plaisir au Livre de Poche 2008 (recueil de nouvelles), Bélial 2008, Grand Prix de l’Imaginaire 2008
  • Quand les Dieux buvaient (série), Nestiveqnen en 2001 (Prix Merlin), repris et réécrits, Livre de Poche (2008 et 2009)
  • Blanche Neige et les Lance-missiles, 2008
    Réédition avec réécriture des deux premiers tomes en un seul livre de poche
  • Blanche Neige contre Merlin l’enchanteur, 2009
    Réédition avec réécriture des deux derniers tomes en un seul livre de poche
  • Le goût de l’immortalité, Mnémos 2005, Prix Bob Morane 2006, Grand prix de l’Imaginaire 2007 (mon préféré je l’avoue)
  • Outrage et Rébellion, Livre de poche 2012 et Denoël 2009
  • Entends la nuit, L’Atalante 2018

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